Par Angelina Giordano | Publié le: 20 novembre 2020

 

La série de webinaires présentés par Arctic Youth Network a débuté en grand, le jeudi 29 octobre 2020, avec un premier webinaire intitulé Bien-être, vitalité et équilibre dans un Nord en transformation. Quatre panélistes ont pris la parole pour transmettre aux jeunes (en particulier ceux de la région circumpolaire) leurs meilleurs trucs pour favoriser une bonne santé mentale. Leurs astuces incluaient, notamment, des activités pouvant être réalisées sur une base quotidienne et des suggestions de ressources et services en santé mentale offerts dans différentes régions. Ce qui est ressorti de l’ensemble des présentations a été l’importance de se rapprocher de sa culture et retrouver ses traditions.

La première panéliste à partager son expérience et ses conseils fut Shania Young, une jeune autochtone de la communauté Dog Rib Rae, originaire de Yellowknife, des Territoires du Nord-Ouest. Young détient un baccalauréat en sciences infirmières du Collège Aurora et de l’Université de Victoria (2019) et a été consultante en santé mentale pour l’organisme de bienfaisance Jack.org.

L’approche en trois étapes de Young pour prendre soin de son bien-être mental est présentée dans le tableau ci-dessous. Young a aussi recommandé d’aller jeter un coup d’oeil à Be There pour obtenir davantage de ressources sur le sujet.

Faire un suivi avec soi-même

– Comment pratiquez-vous l’autocompassion?

– Quelles activités pratiquez-vous pour renforcer votre estime personnelle?

Passer à l’action

– Que faites-vous activement pour améliorer votre estime de vous?

– Comment prenez-vous soin de vous? Le faites-vous régulièrement?

– Pratiquez-vous suffisamment d’activités saines physiques et mentales?

Savoir aller chercher de l’aide

– Êtes-vous ouvert à aller chercher de l’aide si vous en ressentez le besoin?

– À qui pouvez-vous parler lors de moments difficiles? Un ami, un aîné, un enseignant ou un professionnel en santé mentale?

Young suggère de répondre aux questions ci-dessus lorsqu’on se sent bien mentalement, afin d’avoir des outils à notre portée qui puissent nous aider lorsqu’on se sent moins bien. C’est après avoir pris le temps de bien prendre soin de soi qu’on peut ensuite se tourner vers les autres pour leur venir en aide, selon Young. Les cinq règles d’or pour venir en aide aux autres sont: nommer ce que l’on perçoit, démontrer qu’on se préoccupe de l’autre, écouter l’autre, reconnaître les limites de son rôle d’aidant, rediriger la personne dans le besoin vers les bonnes ressources pouvant l’aider. Dans la dernière partie de sa présentation, Young pose la question suivante: comment changer l’état des choses en santé mentale? Cela l’a menée à discuter de l’initiative Do Something, Wellness for all. Cette initiative propose des recommandations personnalisées afin de pouvoir intervenir dans sa communauté et d’y avoir un impact positive; le tout est gratuit et disponible en ligne sur le site web Do Something.

Le panéliste suivant fut Juhán Nikolaus Wuolab Wollberg. Wollberg est un Sámi du Nord de 21 ans et apprenti éleveur de reines de Ballangen. Il est membre de l’organisme jeunesse suédois Sáminuorra qui vise à mieux faire connaître le peuple et la culture Sámi. Wollberg a notamment fait part de la triste réalité du taux de suicide élevé chez les Sámi, peu importe les tranches d’âge.

Selon ses propres observations, Wollberg dénote différents facteurs pouvant contribuer à ce haut taux de suicide. Il mentionne l’exploitation du territoire Sámi par les secteurs énergétiques, miniers et, plus récemment, de l’énergie verte. «Je comprends les aspects positifs de tout cela pour le monde entier qui en bénéficie, mais il me semble qu’il y a toujours quelqu’un pour en payer le prix, et ici ce sont habituellement les Sámi, parce que nous sommes minoritaires et que les besoins des plus nombreux l’emportent généralement», explique-t-il.

Parmi d’autres facteurs de risque de suicide, il dénote les différents rôles associés au genre. Par exemple, on attend des hommes qu’ils soient capables de réparer un moteur et guider les troupeaux de reines, alors que la place des femmes est à la maison pour s’occuper des enfants et répondre à tous les besoins des hommes, dont la confection de vêtements et la préparation des repas.

Une troisième observation relevée par Wollberg est la violence générée par la confrontation des différents groupes qui se sont créés au sein de la culture Sámi. Lorsque Wollberg s’exprime dans la langue Sámi ou parle de ses troupeaux de reines, d’autres membres de sa communauté (qui ne sont pas des éleveurs de reines) peuvent se sentir inférieurs et ainsi attaqués par ses propos.

Les Sámi reconnaissent tous ces défis et y répondent par des actions positives. Ils ont développé l’institut spécialisée en soin de santé mentale SANKS, où les Sámi peuvent s’y rendre pour converser avec des professionnels d’origine Sámi qui comprennent leur réalité, ce qui leur évite de perdre la moitié de leur rencontre d’une heure à devoir expliquer pourquoi tel ou tel autre chose sont mal perçu dans leur culture.

D’autres organismes qui commencent également à offrir des services en santé mentale sont: Sáminuorra, un organisme pour les jeunes Sámi en Suède; Noeregh, un organisme similaire situé en Norvège; l’organisation suédoise des éleveurs de reines Sámi; ainsi que les influenceurs Sámis sur Instagram tels que Mimmie/ Timmimie Marak et Maxida Marak.

Après avoir mentionné les noms de plusieurs grands organismes, Wollberg a poursuivi sur un ton plus personnel en révélant ses propres trucs pour améliorer sa santé mentale. Il aime beaucoup l’artisanat traditionnel, tel que la confection de gáktis, car cela l’aide à se rapprocher de sa culture, en particulier des traditions lui venant de sa grand-mère. Wollberg aime aussi promener son chien et se cuisiner de bons plats. Il a lu quelque part récemment que «notre espace de vie est un peu à l’image de notre espace mental, alors si tout est en désordre autour de nous, cela peut refléter l’état de notre santé mentale». Alors il aime bien faire du ménage dans sa chambre!

Le prochain panéliste à prendre la parole fut Gert Mulvad, MD, GP, PhD, un médecin de famille du Centre de soins de santé primaire de Nuuk, au Groenland, qui concentre ses efforts de recherches principalement sur la sécurité et les bénéfices de l’alimentation traditionnelle, ainsi que sur la santé des familles. Il est impliqué dans plusieurs comités en matière de soins de santé, en recherche et en éducation au Groenland. À l’international, il s’implique dans le groupe sur la santé humaine AMAP, dans le comité sur la santé des Inuits circumpolaires, en plus de présider le réseau Arctic Health and Well-Being chapeauté par le regroupement University of the Arctic (UArctic).

Mulvad, qui travaille auprès des familles, cherche à faire évoluer les ressources permettant d’améliorer la santé mentale et le bien-être de la population du Groenland. Il croit qu’il est important de développer la recherche et l’éducation au niveau local plutôt que de miser sur la recherche qui se fait à l’extérieur du pays. Le Groenland a obtenu son autonomie politique il y a dix ans, un jalon important pour l’égalité et l’indépendance des Groenlandais et pour la reconnaissance de leur langue auprès de la communauté internationale. Mulvad pense que le peuple groenlandais a besoin de redéfinir ce que ça signifie être en santé et bien dans sa peau et de retrouver les moyens d’y parvenir. À la Commission Lancet sur la santé en Arctique, on travaille à développer des ressources que les populations de l’Arctique définissent elles-mêmes comme essentielles pour l’amélioration de leur santé mentale et de leur bien-être, cela afin de pouvoir guider les ministères de la Santé de leur pays sur leurs véritables besoins en lien avec leur mode de vie nordique. En Arctique, la technologie est un allié dans le maintien d’une bonne santé. On utilise par exemple des iPhone pour communiquer avec des spécialistes d’autres régions et même pour faire certains examens comme ceux des oreilles et tympans.

Mulvad a aussi relaté une anecdote personnelle en montrant une photo de son fils et de ses amis lors de leur départ pour un voyage de chasse. Mulvad explique que les jeunes vivent une belle expérience en se construisant un refuge dans la nature et en chassant hiver comme été. Se procurer de la nourriture, cuisiner et manger en famille est une source de bien-être pour les gens de sa communauté. Il a montré une photo de sa famille attablée devant un repas en indiquant que la nourriture et le partage communautaire sont importants dans le maintien d’une bonne santé mentale pour eux.

La dernière personne à prendre la parole fut Jukipa Kotierk, une Inuit et Quechuan, avec des racines de l’Équateur, qui vit actuellement à Iqaluit, au Nunavut, au sein de l’Inuit Nunangat. Elle a débuté par une déclaration poignante: «J’ai 26 ans et je vis à Iqaluit, au Nunavut, je suis une Inuite. Statistiquement, en ce qui concerne le taux de suicide, je dépasse déjà l’âge critique auquel les jeunes meurent par suicide, malheureusement». Cette seule phrase résume l’ampleur du problème de santé mentale qui persiste dans le Nord. Elle explique qu’il existe des facteurs déterminants chez les Inuits qui influencent leur état de santé et leur sécurité, tels que la sécurité alimentaire, la culture et les traditions, l’égalité au niveau du développement des jeunes enfants, un environnement sain et sécuritaire, le bien-être mental, la sécurité personnelle, la sécurité de façon générale, le niveau de revenus, l’équité sociale et le noyau familial.

D’un point de vue personnel, elle explique que de se rapprocher de sa vraie nature et de sa culture inuite l’a beaucoup aidée dans sa quête d’une meilleure santé mentale. Kotierk a aussi mentionné qu’elle espère que sa prise de parole influencera d’autres jeunes à s’exprimer et à partager leur propre histoire vis-à-vis leur santé mentale. La présentation de Kotierk a été ponctuée de plusieurs déclarations marquantes. Elle mentionne, entre autres, avec beaucoup de sincérité l’importance de «se retrouver, se réapproprier sa culture, se réconcilier avec son corps. Se sentir humain à tous les niveaux», des mots très porteurs. Kotierk mentionne aussi surmonter beaucoup d’anxiété quotidiennement et vivre avec le syndrome de l’imposteur, un sentiment qui nous fait croire que l’on n’est jamais tout à fait à sa place et qu’on ne mérite pas de reconnaissances pour nos accomplissements. Elle parvient à lutter contre tout cela grâce à des exercices de respiration, des prises de conscience du moment présent pour se sentir plus enracinée, ainsi que d’autres exercices d’ancrage à son corps qui font appel aux cinq sens (ce que l’on voit, ce que l’on goûte, etc.). C’est grâce à tout cela qu’il lui est possible de se rappeler toutes les qualités qu’elle possède en tant qu’humaine. Elle se concentre aussi sur ce qui crée en elle des étincelles, sur l’amour qu’elle a pour la vie et tente continuellement de vivre des expériences qui lui apportent de la joie. Elle raconte aussi qu’en troisième année du primaire, elle a décidé qu’elle était sa propre meilleure amie. Une révélation qui a pour but de faire comprendre que l’amour propre et l’autocompassion sont les piliers d’une bonne santé mentale.

Elle mentionne aussi que certaines personnes trouveront plus facile d’éprouver de la compassion pour les autres, avant d’en éprouver pour soi-même.

Elle termine avec quelques notions inspirantes sur la gratitude, évoquant l’importance d’être reconnaissant les uns envers les autres, ainsi qu’envers toutes nos expériences de vie.

Le webinaire s’est terminé par une discussion de groupe. Un membre de l’assistance a demandé comment il est possible pour quelqu’un qui ne vient pas de la région circumpolaire de pouvoir aider et être un allié pour les gens du Nord. Juhán a partagé une histoire personnelle de sa jeunesse où il s’est retrouvé bombardé de questions et de propos péjoratifs au sujet de sa culture par un groupe de six jeunes non-autochtones. Il s’est senti démuni, sans réellement pouvoir s’expliquer parce qu’on ne l’écoutait pas de toute façon. Il s’est retrouvé sans voix. Juhán encourage donc les gens du Sud à se porter à la défense des gens du Nord lorsqu’ils sont témoins de situations semblables. Il ajoute que lors de cet épisode de discrimination, plusieurs autres personnes dans la cafétéria auraient pu se lever et s’interposer pour l’aider, mais personne ne l’a fait, alors que ça aurait pourtant fait toute la différence. Juhán propose ainsi que ceux qui veulent être nos alliés s’interposent pour nous aider à retrouver notre voix et nous redonner notre place. Développer de bonnes relations et être véritablement là les uns pour les autres contribuent au maintien de sa propre santé mentale et de celle des autres. Il est important d’être à la fois son propre allié et l’allié des autres. Se lever, prendre position, pour ensuite passer le flambeau de parole aux autres.

 

Voici quelques ressources en santé mentale et bien-être mentionnées durant le webinaire:

We Matter Campaign

Inuit Tapiriit Kanatami

Project Creates

Northwest Territories:

NWT Helpline, available 24/7 – 1-800-661-0844

Kids Help Phone, 1-800-668-6868 or text CONNECT to 686868

Community Counselling Program

Strongest Families Institute

Arctic Indigenous Wellness Foundation

 

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